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À l'origine des faits


ICS3 – David Martin – Episode 1 : Les « 4 brevets modifiés de Moderna »

Du 2 au 4 mai 2023 se tenait le colloque du troisième sommet international sur le COVID (International COVID Summit III / ICS 2023). Organisé à Bruxelles dans une annexe du Parlement européen par les députés C. Terhes, I. V. Sincic, C. Anderson, F. Donato et M. Kolaksusic, de nombreux intervenants (voir image ci-dessous) se sont succédés pour dénoncer les vaccins anti-COVID ou encore les mesures sanitaires prises durant la pandémie.

Lors de la journée du 3 mai, une intervention de 21 minutes de David E. Martin, président de la société financière M.CAM, intitulée « COVID-19: The whole truth from the beginning » a entraîné un large engouement sur les réseaux sociaux. Cette intervention a été propulsée suite à un tweet du 25 mai – vu plus de 25 millions de fois et cumulant plus de 130k likes – citant les propos de Martin : « Le Covid-19 a été un acte de guerre biologique perpétré contre l’humanité ». Elle a ensuite été relayée et commentée sur le Twitter francophone par Louis Fouché, Silvano Trotta, VL Plus, Hélène Banoun, Yves Pozzo di Borgo, Corinne Reverbel, le CSI, Verity France, etc. Tout au long de son intervention D. Martin tente de montrer que la pandémie de Covid-19 n’est que l’aboutissement d’une « guerre contre l’humanité » commencée « au milieu des années 60 » pour faire accepter l’idée d’un « vaccin universel » contre un « agent pathogène, dont l’ingénierie a duré 56 ans ». En somme, « un événement [la pandémie de Covid-19] préparé depuis longtemps », « conçu comme une arme pour éliminer l’humanité » selon Martin.

Dans une série d’articles à venir, nous analyserons certains extraits pour revenir à la source de ses déclarations.


Bref historique des propos de David Martin

L’intervention de D. Martin a connu un nouveau souffle le 1er juin 2023 suite à un tweet de Stew Peters partageant un extrait de cette intervention et cumulant d’ores et déjà 900 000 vues.

Dans cet extrait, à 17 minutes 20 de son intervention, Martin affirme que « sept mois avant l’allégation du patient numéro un, quatre brevet de Moderna ont été modifiés pour inclure les termes libération accidentelle ou intentionnelle d’un pathogène respiratoire comme une justification pour produire un vaccin d’une chose qui n’existait pas encore ».

À l’appui de ses propos, un diaporama présentant la diapositive suivante où l’on peut lire « prémédité en début 2019 » ainsi que la date plus précise d’avril 2019 pour les « amendements des demandes de brevets de Moderna ».

Troisième diapositive présentée par David Martin lors de l’ICS 2023

Ce n’est pas la première fois que le directeur de M.CAM tient de tels propos. En effet, dans le cadre de réunions zooms régulières tenues par Reiner Fuellmich, David Martin avait été interviewé en juillet 2021 lors de la 60e séance du 9 juillet 2021 (disponible en vidéo ici). Lors de cet entretien, il est dit que « en mars 2019, ils ont soudainement modifié une série de brevets rejetés […] pour faire face à « une libération accidentelle ou délibérée de coronavirus«  ». Puis d’affirmer qu’ »en mars 2019, ils ont donc modifié 4 demandes de brevets qui n’avaient pas abouti afin d’entamer le processus de développement d’un vaccin contre le coronavirus« .

Ainsi deux ans auparavant, Martin tenait sensiblement les mêmes propos (ndlr – sans que nous ne sachions pourquoi celui-ci est passé de mars à avril 2019 pour les « modifications » des brevets de Moderna). Selon lui ces « modifications » de brevets auraient donc permis de justifier la production de vaccins contre le Covid-19.

La date de mars/avril 2019 est ainsi mise en lien pour sa proximité avec un autre document présenté au ICS : le rapport annuel du Global Preparedness Monitoring Board – établi en 2018 notamment pour tirer les leçons de l’épidémie d’Ebola – intitulé « A Wolrd at Risk » et publié en septembre 2019. Il y est indiqué que « les pays, donateurs et les institutions internationales doivent se préparer au pire » du fait de la possible menace d’un « pathogène respiratoire léthal (whether naturally emergent or accidentally or deliberately released) », (p. 8). Face à cette possibilité, le GPMB appelle à déterminer un « calendrier pour le financement et le développement d’un vaccin universel contre la grippe ».

Capture d’écran du premier rapport annuel du GPMB, septembre 2019.

Plus tôt dans son intervention (à partir de 16’35), Martin affirme « qu’arrivant à 2017 et 2018, la phrase suivante est entrée dans le langage courant de la communauté : il va y avoir une libération accidentelle ou intentionnelle d’un pathogène respiratoire ». Cette dernière phrase serait, d’après lui, liée à un article de 2016 qui serait le premier à dire « que le SRAS coronavirus était prêt à émerger chez l’homme ».


Sources de l’information

Que ce soit dans son interview avec Fuellmich ou lors de l’ICS, Martin n’évoque pas les sources exactes de ses propos, pourtant prompte à fournir les sources exactes sur d’autres éléments, affirmant simplement qu’il s’agit de « 4 brevets de Moderna ».

Nous avons donc recherché des occurrences de brevets déposés par Moderna en mars 2019 avec les termes « accidental or intentional release of infectious pathogen« . Nous avons ainsi pu trouver une série de brevet de Moderna dont les inventeurs sont Giuseppe Ciaramella et Sunny Himansu.

Trois demandes ont ainsi été déposées en 2020 par Moderna (brevets US10702600B1, US10933127B2, US20200405844A1) respectivement en février, mai et juin. Deux d’entre eux sont intitulés « Betacoronavirus mRNA vaccine » et le troisième « Combination hpiv3/hmpv rna vaccines« , les deux premiers ayant été acceptés, le troisième toujours en attente de validation. Or ces brevets sont la continuation d’autres brevets plus anciens comme le montre l’historique : en 2019, 2018, 2017, 2016 (ce dernier s’appuyant sur des demandes provisionnelles de 2015).

Dans l’ensemble de ces dépôts, soit dès 2016, un paragraphe s’approche des termes que Martin affirme avoir été ajoutés en mars/avril 2019 :

« Severe acute respiratory syndrome (SARS) emerged in China in 2002 and spread to other countries before brought under control. Because of a concern for reemergence or a deliberate release of the SARS coronavirus, vaccine development was initiated. »

Paragraphe présent dans les dépôts de brevet de Moderna à la partie « Background ».

L’affirmation selon laquelle des modifications ont été ajoutées en mars 2019 est donc erronée. Il n’existe d’ailleurs pas, à notre connaissance, quatre brevets déposés en 2019 mais deux : US 10702599B2 & US 10543269B2. Précisons que l’affirmation selon laquelle ces brevets ont été rejetés est également erronée puisque l’ensemble de ces brevets (excepté celui de juin 2020) ont été acceptés. Ainsi le brevet déposé en 2017 (US10064934B2) a été accepté en septembre 2018 et est actif depuis.

D’autre part, en recherchant les termes utilisés dans les dépôts de brevet, on s’aperçoit que l’expression est également utilisée dans une étude de l’université du Texas (UTMB) publiée en ligne dès avril 2012 et dans la revue scientifique en ligne PLoS One. Les auteurs précisent que « la possibilité que des épidémies de SRAS puissent réapparaître naturellement ou être délibérément libérées est un problème de santé publique », soit 4 ans plus tôt que ce qu’affirme Martin avec l’article de 2016. Ces termes sont néanmoins plus anciens et liés à la lutte contre le bioterrorisme.

Un contexte « favorable » à la lutte contre le bioterrorisme

En effet, l’épidemie de SRAS, causée par le SARS-CoV en novembre 2002, avait touché 29 pays et contaminé plus de 8000 personnes (cas détectés) rendant l’accès à des souches du virus plus facile notamment dans « des régions du monde où la sécurité des restes n’est pas garantie » et par « les réservoirs naturels ». C’est ce que relevait un article de 2004 sur les risques d’usage du SARS-Cov comme arme biologique par des groupes terroristes, dans un contexte de vigilance accrue suite aux attentats de septembre 2001.

D’autre part, comme l’indique les deux articles suscités, les pouvoirs publics se sont saisis de la question comme d’un problème de santé publique, par exemple en France où un « Plan de réponse contre une menace de SRAS » avait été publié en avril 2004. Ce fut également le cas aux Etats-Unis dans ce document de janvier 2004 ou encore à l’OMS en juin 2004.

Or, la préparation à l’émergence, ré-émergence ou utilisation d’un agent pathogène comme arme biologique n’est pas nouvelle. Ainsi en mai 2002 l’OMS publiait un document technique sur les risques d’utilisation d’agents biologiques et « pathogène létal » par des « groupes terroristes » et la nécessité de se préparer à une telle éventualité. Précisons que dès 1969, l’OMS avait complété un rapport intitulé « Health Aspects of Chemical and Biological Weapons« .

À l’échelle nationale, des politiques de préparation à une éventuelle attaque bioterroriste ont été déployées notamment aux Etats-Unis après les épisodes du 11 septembre ainsi que de l’attaque bioterroriste à l’anthrax qui a immédiatement suivie. L’ensemble des documents à ce sujet peut être trouvé sur le site des Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Pour autant, dès la fin des années 90, après plusieurs attaques possiblement bioterroristes (en 1984 dans l’Oregon et 1996 dans le Texas), des plans stratégiques contre le bioterrorisme ont été mis en place comme en 1999 ou 2000.


Conclusion

Lors du troisième l’International Covid Summit, David E. Martin affirme que « quatre brevets de Moderna ont été modifiés » pour y inclure les termes « libération accidentelle ou intentionnelle de coronavirus ». Selon lui ces modifications d’avril 2019 auraient permis de précipiter la mise en place d’un « vaccin universel » (ie vaccin anti Covid-19) sur les conseil du GPMB et suivrait un langage adopté à partir de 2016 dans un article scientifique.

Cependant, les deux brevets déposés par Moderna en mars 2019 sont la continuation d’autres brevets déposés chaque année depuis 2016 et dans lesquels l’expression « reemergence or a deliberate release of the SARS coronavirus » est déjà présente. Cette phrase est directement tirée d’un article scientifique d’avril 2012. Ces inquiétudes, d’un usage bioterroriste de pathogène respiratoire, ont pris de l’importance dans le contexte des attentats de septembre 2001, les attaques à l’anthrax et l’émergence du SARS-Cov en 2002 entraînant une série de mesures nationales et internationales.



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